PRINNER LA FEMME TONDUE ~ Justification du tirage: 100 exemplaires sur papier vélin du Marais Crèvecœur numéroté de 1 à 100 Ornés de 8 hors-textes, eau-fortes et burins inédits de Prinner 450 exemplaires sur papier vélin du Marais numérotés 101 à 550 Plus 50 exemplaires de Chapelle, sur vélin Du Marais Crèvecœur, lettrés de A à Z et de a à z Numéro du présent exemplaire 261 ~ PRINNER LA FEMME TONDUE APR 10, Rue Pernéty PARIS ~ La Femme Tondue ~ — Salope ! — Putain ! — Charogne ! — Fumier ! — Dégueulasse ! — Ordure ! — Regarde-la ! — Merde ! — T’as vu ses yeux? — Nom de Dieu ! — Regarde ! Regarde ses yeux… — Quelle horreur. — Elle regarde comme ça depuis le moment qu’on l’a prise. — Quelle honte. Quelle honte. — Faut la gifler ! — Faut la gifler ! — Elle veut pas parler! — Quelle horreur! — Elle est folle ! — Elle est saoûle ! — Elle est possédée ! — Regarde-la. Regarde-la. — Quelle honte. Quelle honte. — Qu’elle ne regarde pas comme ça ! — Qu’elle cause, nom de Dieu ! — Qu’on lui casse la gueule ! — Qu’elle se foute à pleurer. — A crier, à prier, à chier ! — Qu’elle parle ! — Qu’elle dise quelque chose ! — Je vous méprise et je vous plains — Ah !... — T’as entendu?... — Qu’est-ce qu’elle a dit? — Qu’elle nous méprise et qu’elle nous plaint. — Sans blague… — C’est elle qui nous plaint? — Ah! la saleté!... — Non, mais sans blague! Tue me plains? Tiens! Ça pour toi! Et ça encore!... Tue me plains ? … Et ça… Tu me plains toujours?... Dis, charogne, tu me plains? Saloperie, fumier! Tu me plains? Réponds donc, pourriture! La furie se jeta sur elle ; la secoua, gifla, griffa, pinça, mordit. Et la foule vociféra. Des trésors orduriers économisés jusqu’alors furent soudain dissipés… Des haleines puantes sortirent des lèvres impures. Rires hystériques et injures se mêlèrent. Des mottes d’excréments mal dirigées tombèrent dans des bouches ouvertes et les paroles fure chaque fois plus abjectes. Les nouveaux arrivants durent se contenter de taper, cracher, vomir sur les plus proches… — Quelle honte. Quelle honte. — Elle regard comme ça depuis le moment qu’on la prise. — Elle dit qu’elle nous méprise et qu’elle nous plaint. — Merde ! — Faut la foutre en prison ! — Dans une maison de fous ! — Qu’elle nous foute la paix ! — Charogne ! — Dégueulasse ! — Ta gueule ! — Toi! — Quoi? Moi? — Salope ! — Putain ! — Charogne ! — Ordure ! — Quelle honte. Quelle honte. — Elle nous plaint!...Hein, monsieur, elle vous plaint… — Ta gueule, guenon. — Dites, monsieur, elle vous plaint toujours… — Je vous emmerde. — Elle nous fait chier avec ses yeux, la garce. — Qu’on la rase ! — Qu’on la rase ! — Elle nous fait chier la garce ! Quand ils entrèrent, la foule ne voulut point se disperser. Ils s’installèrent comme devant un boucherie. — Je vais aller faire mes courses, mais je reviens tout de suite. Vous me gardez ma place, n’est-ce pas? — Oui, madame. — Merci, madame. Des cris, d’épouvante se firent entendre à l’intérieur…L’écho se prolongea…Demeura vainqueur, sur toutes démonstrations sonores. — Elle regarde comme ça depuis le moment qu’on l’a prise. — Merde. — Elle regarde tout le temps. — Qu’est-ce qu’elle dit? — Rien. — Sans blague. — C’est insensé. — C’est horrible. La tondeuse commença son joyeux cliquetis. Elle parla ainsi : — Je reviendrai… — Souviens-toi, Humanité, que je suis ton œuvre, que tu m’as formée à ton image. — Que ma vue fasse gémir ceux qui me rencontreront. — Que le sale crapaud que réside dans vos instincts et crache sa bave sur vos semblables, se retourne vomissant en vous-même, dégoûté, de son propre dictateur. — Que le mal opprimé par l’hypocrisie se révolte en s’arrachant lui-même de l’anus infernal qui compose la totalité de vos humanités. — Que des lamentations poignantes et des cris d’angoisse jaillissent des lèvres contrefaites. — Que les rêves soient troublés de cantiques funestes et les réveils de sombres défaillances. — Et je dirai à chacun; « C’est toi… C’est toi… » Et je dirai aux enfants : « C’est ton père… C’est ta mère… » Et les enfants pleureront et tomberont dans des maux inconnus…Et je leur dirai : « C’est ton père… C’est ta mère… » Et mon rire étranglera les joyeux promeneurs du dimanche. Les pères n’oseront plus regarder dans les yeux de leurs filles. Et les fils n’oseront plus embrasser leur mère…Et je leur dirai à chacun; « C’est toi… C’est toi… » Les vieillards pâliront et seront la proie de vomissements convulsifs. Les femmes se signeront. Et je leur dirai à chacun : « C’est toi… C’est toi… » Et la tondeuse faisait son joyeux cliquetis. — Là! Là ! — Où? — Là! Regarde ! — Là-bas ! — Oh : la vache ! — Par là! Vite! Viens vite! — La femme tondue! La femme tondue ! — L’as-tu vue? L’as-tu vue? — Par ici! — Aïe! — Quoi? — On m’écrase ! — T’en fais pas ! — Ecoute voir ! — Oh, la, la, oh, la, la ! — Elle est là ! Elle est là ! — Viens voir vite ! — J’étouffe ! — Ta bouche ! — Ordure ! — Crapule ! — Qu’on s’amuse ! — Tu l’as vue? — La femme tondue ! La femme tondue ! — Je l’ai vue ! Je l’ai vue ! — Mon Dieu. Mon Dieu. — Comme elle est laide, sainte Vierge! — Qu’elle est affreuse, oh, ma mère ! — Jésus-Christ ! Saint Joseph!... — Attention, ôte ta gueule. — Quel bonheur ! Quel bonheur ! — Que j’lui envoie ça dans la gueule. — Vise bien, je t’en prie ! — T’en fais pas, mon petit ! — Fameux ! Fameux ! — Elle aura ça tout à l’heure ! — Eh bien, quoi? que fais-tu? — Je cherche de la merde plus dure ! — Lance ! Lance ! Encore ! Oh! Bravo! Bravo! — Des cailloux ! Des cailloux! — Fais gafe, qu’ils tombent pas sur nous. — De quoi? Pour quoi? Vous êtes tous de salopards. — Et toi, vieux con. Va t’amuser aux chiottes ! — Elle l’a eu ! Elle l’a reçu en pleine figure ! — Oh, Seigneur !... Mon Dieu !… — Elle l’a eu ! Elle l’a eu! — Je l’ai vue ! Je l’ai vue ! Elle l’a reçu en pleine figure ! ~ Elle est revenue… Elle est dans la rue… — Jésus… Jésus… — L’as-tu vue? — Dieu ! C’est la femme tondue ! — Miséricorde, Sainte Vierge… Cherchons le mot qui nous protège !... — Notre Père qui êtes aux cieux… — Va t’faire enculer, ça vaut mieux! — Blasphème, oh, blasphème ! Dieu sait ce qui nous arrive. — Laisse ton bon Dieu dans ses nuages. — Eh la mignonne, que fais-tu là ? — Je pleure. Je pleure. Je pleure. Elle m’a regardé avec ses yeux. — Oh, la vache! Oh, la vache! Elle nous a eus, la sale vache! — Oh, ma femme ! Ma femme, Ma femme! Elle a regardé ma femme. — Mon chien ! Mon chien ! Mon chien ! Elle a fixé mon chien. — Je vais chier, dégueuler. En fin de compte, me vider. — O mes boyaux! Mes boyaux! Mes boyaux! — Catastrophe, oh, catastrophe! — Oh, Madone, Sainte Vierge, saint-Antoine, saint-Joseph ! Saint-Hippolyte, Boniface, Benedictus, Père Céleste, saint-Eusèbe ! Pater Noster et le rest! Oh, nos tripes! Nos boyeaux! Nos foies, nos rognons, nos cerveaux! Nos culs, nos ventres, nos oreilles ! Nos serons tous écrasés! Le cheval est emballé! Il arrive au grand galop pour nous broyer les caboches! Ses narines sont en flammes… Adieu la vie, la digestion… — Oh, ma mère ! Oh, mon père ! Quelle misère… Quelle misère… — Eh, la vieille, serre tes fesses! — Si tu touches mon cul, je pète! — Oh, mon cheval! Mon cheval, cheval, cheval. — Au secours! Il le tue! Il est mort… Foutu!... Foutu!... — Oh, la vache! La vache! La vache! ~ [empty page] ~ — Mère, pourquoi fermes-tu les volet quand il fait encore jour? — Chut… Elle est dans la rue… — Fille, pourquoi es-tu si pâle? Quel malaise inconnu couve sous cet aspect inquiétant? — Elle est revenue… — Epouse, tes yeux sont hagards… Parle, oh, parle. Qu’as-tu vu?... — Je l’ai vue… — Père, père… — Mère, je ne comprends plus tes paroles. A qui parles-tu quand tu es seule dans la chambre? — Mon fils, réveille-toi. Tes sanglots m’inquiètent. Ton rêve est pénible. Voilà le reste de notre bougie; je vais l’allumer… — Maman, maman… — L’agonie a défiguré ton visage ma sœur. Tes soupirs semblent venir de quelque région damnée. — Ton visage couleur de plomb, à cette heure matinale, ne plaira point au Seigneur, mon enfant. Tu as l’air fatigué, comme qui revient de voyagez lointains… — Es-tu possédée, ma mère? Tes yeux sont fixes, ta bouche entr’ouverte, ta tête se penche. Tu as l’attitude de celui qui écoute de gémissements perdus. Est-ce l’avertissement d’un malheur qui menace notre paisible foyer? ~ [empty] ~ C’était l’heure du dîner. Le coiffeur paraissait satisfait. On pouvait entendre le joyeux tic tac de la pendule. — Mon père, on frappe. — Je n’aime point qu’on me dérange quand nous sommes à table. Je me demande qui peut bien s’amener à cette heure-ci, par exemple?... Va ouvrir tout de même, ma fille. …Elle entra…S’avança jusqu’à la table, jusqu’à ce que la lumière frappât son visage… Le morceau de viande retomba dans l’assiette. faisant gicler la sauce grasse. La fourchette s’immobilisa dans une position grotesque. L’homme poussa un mugissement prolongé… Un lointain beuglement comme venu d’un abattoir, qui fut dominé par un cri strident. Et la femme du coiffeur leva les bras en forme de V. Ses doigts s’écartèrent dans une roideur cataleptique et ses mains demeurèrent clouées dans l’espace. Satisfaite, la femme tondue fixa l’homme. Son indifférence redoutable communiquait la prescience du désastre latent… On pouvait entendre le joyeux tic tac de la pendule. ~ ~ Quand l’accusée apparut, les femmes se signèrent. Un malaise étrange s’empara de l’assistance. Le juge lui-même devait se débattre contre une forte nausée… Il se rinça la bouche à l’eau fraiche avant de commencer le réquisitoire. — Vous êtes accusée d’engendrer des troubles dans la population par vos apparitions indécentes… — Oh, la, la !... Oh, maman! — Vos apparitions ont évoqué de sinistres fantômes. Elles menacent d’ébranler l’équilibre mental… — Jésus ! — Oh, la, la! Oh, aïe, aïe! — Taisez-vous! — Vos apparitions impudiques on déréglé l’esprit général; il en résulte de multiples accidents… — Dieu! Dieu! — …des cas mortels… — Qu’on la tue! — Qu’on la brûle! — Vos apparitions, votre tenue, blessent profondément les sentiments de la pudeur et du bon sens… — O Sainte-Marie Immaculée Je me prosterne à tes pieds. Conjure, oh conjure l malheur qui nous guette… — Tu me fais chier, la vieille. — Silence! Nom de Dieu, on n’entend plus rien! — Vous êtes accusée de maléfices… — O Sainte Vierge Immaculée. Toute ma vie s’épuisera en cantiques… — Imbécile — …à ta gloire… — Ferme ta gueule! Tais-toi! — Silence! Vous êtes accusée d’entretenir les calamités par des apparitions énigmatiques… — Au secours! — … de désavouer la morale, de corrompre la foi, de pervertir les adolescents, d’infecter les enfants, de profaner la religion… — O Madone pleine de grâce! — Mon fils! Ma fille! Ma fille! Oh, la garce! — La putain! La putain! — Au poteau! Au poteau! — Elle a tué mon chien! — La putain! — Au poteau! — La salope! — Je vous dis… — Vous êtes un cochon! — …qu’il faut la tuer. — C’est à vous que je parle, là-bas! Vous m’avez vomi sur le crâne! — O j’te dis merde. O j’te dis… — Funérailles, ô funérailles… — Non, sans blague, qu’est-ce que tu dis? Tu crois que ça suffit? — J’ai dit qu’il faut la tuer! — Imbécile Ah! Imbécile! De quoi? La tuer? — Silence! Nom de Dieu! — …Et tirez! Tirez! Tirez la chaîne s’il vou plaît! O ma mère! O ciel! Ciel! Ciel! Au secours! — Fais gaffe, mon petit, c’est un fou. Regarde qu’il se mord les mains. Qu’il grince des dents, Qu’il se tord les oreilles. Qu’il hurle comme un égorgé. Sa gueule commence à écumer. Il se cogne la tête sur le plancher… — Allez! Allez! Sauvez-vous! — Quoi? Tu dis? Oh mais non! — Tu peux taper, pauvre type! — Allez! Allez! Sauvez-vous! — Non, mais vraiment, imbécile. Tu crois ça comme tu le dis? Si tu m’approches, t’égorge. Même si tu restes, je t’approche! Allez, viens! Viens! Viens! — Taisez-vous, nom de Dieu. On n’entend plus rien! — …votre présence malsaine menace la salubrité publique. Vous êtes accusée de posséder de bacilles étranges propageant la pestilence. Des cris hystériques se mêlèrent à son discours. Des hurlements d’agonie… La vibration de l’air était si menaçante qu’il fallut ouvrir les fenêtres. — …des centaines de cas d’infections, résultant de maux jusqu’ici inconnus des médecins… De nombreuses personnes furent la proie d’hallucinations; d’autres, de convulsions épileptiques…Vingt-cinq chiens enragés… Plusieurs suicides… La folie furieuse se répand à une vitesse hallucinante… Des quartiers sont menacés par le « delirium tremens » … Des maisons bougent… Des murs entrebaillés pendent sur la chaussée…De cheminées sautillent dans la nuit, cymbalent leur ferraille…La chaussée s’ouvre comme un formidable bouche pour vomir des têtes de morts… Des monstres épouvantables sucent le sang des hommes, claquant leurs mâchoires avec volupté… Des bras, des cuisses et des doigts poussent dans les murs et dans les portes pour maudire Dieux et les morts. Une âcre odeur de sueur empesta l’atmosphère. Les visages s’étaient allongés, pâles et luisants. Les voitures-ambulances de Police-Secours attendaient en longue file dans la rue. De temps à autre, des brancards couverts sortaient de la maison. Les heures succédèrent aux heures… Ce fut la défaillance. Les lamentations s’affaiblirent se muèrent en une seule plainte prolongée. Le premier témoin! — Regarde-le. Oh, regarde-le. Quelle horreur. Oh quelle misère. Je sens mes tripes dans la gorge. Dieu, mes sentiments m’étranglent. — Que fait-il? Que fait-il donc? — Il tord ses mains… Il tord ses mains… — Asseyez-vous, nom de Dieu, je ne vois rien! — Il tord ses mains… Il tord ses mains… — Et qu’est-ce qu’il dit? — Rien… Rien… Rien…. C’est un étrange personnage; Pleurer comme ça à son âge… Dieu, je l’ai reconnu. Le coiffeur de la rue! Sa fille est morte, sa femme est malade… Pauvre homme. Pauvre homme… Pleurer comme ça à son âge… Le deuxième témoin! — Je suis foutu, ruiné, Et complètement abîmé! J’ai la chiasse, la tremblotte. Je suis malade, je suis mort! Elle m’a regardé avec ses yeux… Depuis je mords, me mords, je mords… Troisième témoin! — Oh, moi, c’est grave, C’est plus de la rigolade. C’est de la malchance que j’ai eue D’être justement dans la rue… Mois, je passe… je passe… je passe… Puis elle arrive, juste en face. Puis ce vilain personnage Me désigne avec un doigt… — Pauvre vieux, pauvre vieux. Quel malheur. Quel malheur. — Alors, c’est là que j’ai vomi Tout ce que j’avais dans les tripes; Pommes de terre et faillots, Carottes, salade et macaroni. — Pauvre vieux. Pauvre vieux. Quel malheur. Quel malheur. — Assez, grand-père. Retire-toi. Le quatrième témoin! — Mais quelle bande de cons! Vous voyez pas que je suis mort? C’est le choléra! Le choléra! Le choléra! Moi, je sais ce que c’est. C’est d’l’authentique. C’est du vrai! Je ne suis pas insensé. Pas d’histoire inventée. Vous êtes tranquillement assis, Pendant qu’elle trimballe ses bacilles! Vous voulez pas qu’on vous berce? Qu’on vous chatouille, qu’on vous baise? Vous voulez pas, de fois, Faire une belotte, ou encore quoi? Y a plus d’espoir! Le cinquième témoin! — Nom de Dieu de foutre de bon Dieu! Putain vierge enculée! Je suis bien couillonné Foutu, cocu et baisé… Ce n’était qu’une flamme! Du feu! Et puis, c’était sauve-qui-peu. Ses narines crachaient du feu! Sa crinière flambait!... Je veu me venger. Me venger. ME VENGER Vous prendre tous par les couilles, Et secouer, secouer, secouer… Comment? Quoi? Vous riez? — Baise ta mère! — Crapule! — Salopard! — Fripouille! — Et toi, là, gueule de singe! — Oh Jésus-Christ! Ils s’empestent! En voilà un qui crève! — Toi aussi! Et toi aussi! — Il a sorti son couteau… — Vas-y!... Ça fait du bobo! — Oh du sang! Du sang! Du sang! Que ça flotte! Que ça coule! Que ça gicle!... Que c’est beau! — Venez tous les témoins! Même les chiens et le chevaux! Tout ce qui bouge et tout ce qui mord! Toutes les gueules qui peuvent brailler! Même les punaise enragées! Toutes les vermines et les saletés. Qu’ils fourmillent et qu’ils gueulent! Tous les bâtards du Seigneur!... — Nous voilà! Nous voilà! — La charogne a tué mon clebs! — Elle m’a fichu la peste. — Et moi, j’ai la colique! — J’ai attrapé la chaude-pisse. — Mon chien s’est fait enculer! — Ma fille est déshonorée. — Ma belle-mère est enragée! — Oh! Oh! — Elle a tué le curé! — Les maisons sont écroulées. — Les cheminées révoltées! — L’église a foutu le camp! — Les murs répandent la haine — Je me déteste moi-même. — Je suis victime de la merde! — Je suis étranglé de rage! — La rage! La sainte rage sauvage! — Vengeons-nous. — Vengeons-nous tous! Maudire Dieu! Grincer des dents, Et déchiqueter les entrailles! Tout le monde contre tout le monde! C’est le massacre des charognes! — Oh du sang! Du sang! Du sang! Que ça flotte! Que ça coule! Que ça gicle!... Que c’est beau… — J’ai arraché un nichon! — Et moi des cœurs et des os. — J’ai des oreilles plein ma poche! — J’ai des yeux et j’ai des mains — J’arrache le cœur de ma mère! — Que ça tourne! Que ça tourne! — Vas-y donc! A qui le tour? — A toi! A moi! Oh! — Prends le cureton, il se sauve! — Nom de Dieu! Sacré couillon! — Fais attention au plafond! — Oh ta gueule! J’ai plus ma tête! — Et toi, la! Hop! Ça va vite! — Salaud! Rendras-tu mes tripes? — Bon Dieu! J’ai manqué le coup, — Attrape vite ces entrailles qui courent! — Lance ls cerveaux dans la merde! — Où est-ce qu’on met les oreilles? — Attention, ferme la porte : Il y en a qui se sauvent! — Que ça tourne? Que ça tourne! Vas-y donc! A qui le tour? — Quel spectacle effrayant Les murs saturés de sang. Les mains coupée s’entre maudissent Des entrailles perdues serpentent au plafond — Oh les mâchoires, le mâchoires! Râlements et crise de rage! Malédictions sauvages! Rouler les yeux de délire! Claquer des dents avec délices! Tramer de sanglants délits! Y en a-t-il encore qui rient? C’est les mâchoires qui claquent! Et les têtes coupées qui râlent! Il n’y a plus que la rage! La rage! La rage! La sainte rage sauvage! Maudire Dieu! Grincer des dents! Et déchiqueter les entrailles! Pas un seul qui se sauve C’est le massacre des charognes! — Seigner… Créateur… Tu n’es qu’un vulgaire malfaiteur! Regarde-nous, tels que nous sommes, Comme tu nous as fabriqués, Rien que pour t’amuser. Pour ton ivre joie de créer, Pour libérer tes maudites entrailles. Satisfait comme tous les charlatans, Tu peu tripoter ta barbe Moi, je t’envoie ma bave! Tu ne peux plus rien inventer Qui dépasse ton crime infâme Avoir inventé les êtres humains!... Tristes lamentations, multiples râles Cris d’angoisses, sanglots et mugissements Jaillissent de la profondeur de la terre Tu te souviens? Tu te souviens? Les tas de viande se mouvèrent avec un vivacité épouvantable. Des bouche coupées hurlèrent vengeance, d’autres râlèrent continuellement. Quelques injures surgirent gargouillant au fond du marais de sang. Des têtes roulèrent rapidement dans tous les sens sur le sol humide. Des bras aux poings serrés le levèrent pour une malédiction maniaque. Les ossements firent de cliquetis désagréables. Et l’accusée fut appelée pour sa défense. La femme tondue se dresse lentement… Roide… Droite… Indifférente… Dans un équilibre vide de poids. — Me voilà. Es sa parole demeura… isolée… Comme un fait existant en soi-même. Dans un silence où s’épanouit la panique… Ce fut sa plaidoirie… De mâchoires humaines soufflant de détresse des bras de des doigts rampèrent, grimpèrent vers l’accusée. Quelqu’un, probablement le juge lui-même, souleva une table et la lança dans la foule. Les portes claquèrent, les vitres se brisèrent; le plafond s’écroula. Pierres, poutres et ferrailles tombèrent. Des têtes et des torses sanglants se dressèrent, bravant les décombres. Par le débris béants, le ciel opaque, chargé d’électricité, sembla trahir l’infini. La foudre ravagea les murailles. Quelque part, l’incendie éclata. Tou s’agita, s’ébranla, trembla, roula, grinça, craqua, hurla, beugla, râla, brûla. La femme tondue demeura. Des femmes aux cheveux enflammés la pincèrent, la griffèrent. Il y en eu qui mordirent avec une rage hystérique leurs propres bras. D’autres en sanglotant, grattèrent une poutre calcinée ou léchèrent le planche avec colère. Plusieurs se vautrèrent allègrement dans le marécage de sang, poussant des vociféractions… Un juré prit la parole : — Nous ne devons pas nous attarder plus longtemps à proximité de ce marais. Des spectres hideux surgissent de ce marécage. Quelqu’un lui cracha dans la bouche. Il se tut. Le banc de l’accusée était vide, entouré, selon les règlements, des gardiens de la paix aux visages indifférents. La femme tondue avait disparu. Paris, Février 1945 ~ Achevé de composer et d’imprimer le vingt-cinq Juillet mil-neuf-cent-quarante-six par La Typographie Francois Bernouard Au cinq de la rue Séguier À Paris.

Welcome to my Website!

This is a paragraph! Here's how you make a link: Neocities.

Here's how you can make bold and italic text.

Here's how you can add an image:

Site hosted by Neocities

Here's how to make a list:

To learn more HTML/CSS, check out these tutorials!